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Le Transsibérien

Comme tout bon voyageur au long cours, nous rêvions de cette voie ferrée, la plus longue du monde, qui traverse 7 fuseaux horaires, 990 gares, la steppe, la taïga et qui relie les confins de la Sibérie à la capitale russe. Un défi à notre hauteur !

C’est excités comme des poux que l’on présente nos passeports et nos tickets à la responsable de wagon, qui elle, n’a pas l’air de partager notre enthousiasme. Qu’à cela ne tienne, nous allons avoir le temps de l’apprivoiser. Nous sommes sur la ligne Irkoutsk-Moscou, qui se nomme le Baïkal. Le trajet durera 88 heures. Tout le monde sait ce qu’est un train couchette, mais vivre presque quatre jours dans un train, c’est unique !

Nous rejoignons nos couchettes et lentement avec délectation, nous nous installons. Nous avons droit à un matelas moelleux, des draps, un oreiller, des couvertures et une serviette de toilette. Nous sortons les affaires nécessaires au voyage de nos gros sacs, que nous allons ranger sous notre lit pour un petit moment. Chacun s’occupe de son nid. Autour de nous, tout le monde fait pareil : se met à l’aise, chausse ses pantoufles ou ses claquettes, range la nourriture du voyage et profite de… ne rien faire !

Nous avons vue sur tout le wagon puisque nous avons choisi de voyager en 3e classe, la « plastkartny » : 4 couchettes dans un compartiment non fermé. Franchement, à côté des trains indiens et bangladais, c’est le luxe absolu ! La 2e classe, la « koupé », comporte 4 couchettes dans un compartiment fermé, alors que la première, la « spalny vagon », n’en comporte que deux.

Il semble qu’on soit dans un wagon ultra calme et familial. Les gens dorment beaucoup ou discutent paisiblement dans leur coin. On est censés avoir deux colocataires de couchette au-dessus de nous et deux autres dans le couloir. En fait, il n’y en a qu’un qui voyage avec nous jusqu’à Moscou, les autres couchettes verront défiler plusieurs personnes qui ne restent qu’une nuit. Difficile donc de se faire des copains transsibériens. On ne peut pas vraiment compter sur le gars qui reste avec nous, car il n’est vraiment pas bavard excepté peut-être pour nous demander en russe si l’on avait vu sa serviette… On a quand même réussi à se sourire un peu et échanger quelques douceurs à manger.

Notre sac de nourriture est plein à ras bord de nouilles instantanées, café, thé, gâteaux, fromages, saucisses russes. Nous savions que pour voyager à la russe, il fallait prévoir à manger pour le trajet. Nous avons même prévu deux tasses à thé pour ne pas avoir à en louer dans le train. Le top du luxe dans le transsibérien, c’est le samovar (sorte de machine à eau chaude) qui est systématiquement présent dans tous les wagons. Nous avons donc, du thé chaud à volonté ainsi que de l’eau pour nos fidèles nouilles instantanées.

Je constate rapidement que les locaux qui voyagent n’ont pas forcément l’air ravis d’être là. Quelqu’un m’expliquera plus tard que, pour la plupart des Russes, c’est une corvée. C’est vrai que le train est lent, il ne roule qu’à 60 km/h. Quand il s’arrête dans les grandes gares de dépôt, la locomotive et le conducteur changent, ce qui prend bien une demi-heure à chaque fois. On est bien loin de l’allure du TGV ! C’est un gros ralentissement dans le rythme de vie russe et ça peut être un voyage ennuyeux pour les enfants. Surtout qu’aujourd’hui, le transsibérien est souvent au même prix que l’avion… Mais tout le monde ne va pas jusqu’à Moscou et ceux qui voyagent moins loin sont parfois obligés de prendre ce train qui bien qu’ultra ponctuel, prend son temps !

Nous, ça nous plaît ! Une fois passée l’excitation du départ, le temps ralentit, s’étire, se suspend. On ne sait plus quelle heure il est, la seule horloge du train affiche uniquement l’heure de Moscou. Le trajet est rythmé par les arrêts dans les gares qui nous indiquent un peu notre progression, et par le départ ou la venue de nouvelles personnes dans le wagon.

On boit du thé, beaucoup, on mange à toute heure, on dort n’importe quand, on bouquine, on regarde des heures, par la fenêtre, les paysages défiler : de la Sibérie enneigée, on passe lentement à des forêts qui se perdent jusqu’à l’horizon. Ce temps ralenti, on en a besoin pour appréhender l’immensité de la Russie. Et encore, on n’en parcourt qu’une petite portion finalement.

Le matin, après le thé, notre responsable de wagon ou « maman » fait le ménage. On lève les jambes avec le sourire, parfois elle y répond, parfois elle râle…

Nos couchettes sont à l’extrémité du wagon, vers les toilettes. Ça n’est pas très dérangeant ; on voit tout le monde défiler : soit pour se griller une petite cigarette entre les wagons, faire sa toilette, jeter ses ordures, assouvir un besoin urgent de… brancher son téléphone portable.

Régulièrement, nous avons la visite de la dame des chips, avec son chariot rempli de cochonneries. Est-ce la raison pour laquelle elle a l’air si blasé ? Un problème avec son uniforme ?

Enfin bon, le temps passe entre toutes ces petites choses à voir et à faire, et on se dit qu’on est vraiment passés entre les mailles du stéréotype tant redouté : la grosse biture à la vodka avec un groupe de Russes enjoués. Eh oui, on ne fait pas tout comme tout le monde !

Après de nombreuses heures d’observation de la nature, quelques parties de jeux de société, des litres de thé, deux bouquins, seize paquets de nouilles instantanées, des heures de réflexions intensives, plusieurs lavages de visage à l’eau froide et une dernière nuit ultra courte, nous arrivons au terminus, Moscou.

On quitte notre train village, avec lequel nous avons traversé tant de paysages et de fuseaux horaires, pour nous mettre réellement à l’heure moscovite.

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